Archive de la catégorie ‘Séjour en corse’

Les chants corses, les polyphonies corse

Mercredi 23 février 2011

Quatre types de chants accom­pagnent les Corses dons leur existence quotidienne : le chant de la moisson « A Tribbieraa », le chant polyphonique des veillées « A paghella », le chant improvisé ainsi que les chants funèbres « U lamentu » et « U voceru ». Le premier, entonné lors du battage des céréales dans les ajos (aires à blé) suit le rythme du bouvier qui fait lentement tourner ses bœufs durant plu­sieurs heures. A paghiella sup­pose la réunion de trois hauteurs de voix d’hommes : lo principale ou « segunda » dessine la mélodie tandis que la « terza » (aiguë) brode des ornementations et que le « bassu » (grave) stabilise le trio. Les interprètes doivent entretenir une grande connais­sance les uns des autres pour que leurs chants soient réussis. Quand au chant improvisé, il accorde une grande importance au texte, souvent versifié, comme dans les « chjam’e ris-pondi » durant lesquels des per­sonnages se répondent à propos du sujets quotidiens, poétiques ou même politiques. C’est dans cette veine que les chants élec­toraux qui fleuriront sous lo llème République (chontés géné­ralement par des femmes) s’ins­crivent : satire sociale et poli­tique, ils mêlent les moqueries à des réflexions plus profondes. Les Corses accompagnent leurs morts dans l’au-delà avec des chonts : « U voceru », chanté par des femmes permet de ritualiser lo douleur de la perte du défunt tandis que « U lamentu », chargé de décrire les actions de celui-ci est beaucoup plus calme. C’est à Calvi que l’on peut entendre ces chants lors des Rencontres polyphoniques.

Le tourisme en Corse ou les attraits romantiques d'une nature et d'un peuple "sauvages"

Mardi 15 février 2011

Dès la fin du XVIIIe siècle, écrivains et poètes s’emparent de la Corse, construisant progressivement la légende d’un peuple soucieux de son honneur et dont l’humeur s’accorde à la nature sauvage de son île. C’est ainsi que les plus grands écrivains français de l’époque exaltent le thème de la « vendetta ». C’est le cas de Balzac qui publie La Vendetta en 1830 (sans avoir visité l’île), de Mérimée qui y consacre deux de ses romans : Mateo Falcone (avant sa visite en Corse en 1839) et Colomba, ou de Dumas qui, dans Les Frères corses exprime toute l’horreur de la vengeance sans limite. Les relations de voyage, qu’elles relatent la rencontre de grands hommes (James Boswell, l’aristocrate écossais, rapporte ainsi sa rencontre en 1765 avec Pasquale Paoli dans l’Etat de la Corse, 1769) ou qu’elles louent la nature admirable et pittoresque de l’île (Maupassant, nouvelles et articles), n’ont cessé de renforcer le mythe. A ce titre, la contribution de Jean-Jacques Rousseau à la naissance de la nation corse (il en a rédigé la constitution) est intéressante car elle rend hommage à la soif de liberté du peuple corse.

Elle élargit la vision étroite des continentaux sur les Corses qu’ils considèrent alors trop souvent comme des révoltés que leur nature rendrait belliqueux, sans prendre en compte l’histoire éprouvante de leur île. La personnalité de Napoléon, ambigu dans ses rapports avec son île natale, a contribué dans une certaine mesure à donner de l’île une image rebelle mais également « authentique », exaltée par les romantiques.

C’est dans ce contexte littéraire que des aristocrates anglais(es) découvrent la Corse au XIXe siècle, attiré(e)s par les frissons que leur promettent leurs auteurs préférés. Ce sont les premiers « touristes » de l’île de Beauté. La mode des cures thermales attire ensuite de nombreux curistes qui trouvent dans les sources bénéfiques de la montagne corse un soulagement à leurs maladies (Guagno-les-Bains, Guitera-les-Bains…). Certains peintres, et notamment ceux pour lesquels la couleur est primordiale, se mesurent à l’intensité de l’expérience corse. Parmi eux, Monet, Utrillo ou Signac qui trouvent là matière à approfondir leurs styles respectifs. Ils témoignent ainsi de la beauté des paysages et des contrastes saisissants qu’offre la juxtaposition de la mer et de la montagne. Ces diverses approches de la Corse forment la toile de fond culturelle de l’explosion touristique qui débute réellement entre les deux guerres. Jusque là, les timides et difficiles liaisons routières et ferroviaires, associées à l’insalubrité des côtes, n’avaient pas permis le développement d’un tourisme populaire, l’île étant réservée à quelques « aventuriers » oisifs.

La première vague immobilière d’aménagement touristique s’apparente à celle de la Côte d’Azur, sans la même démesure, du fait des difficultés de circuler et de la sagesse (ou de la méfiance) de certains Corses. Nombre de villages de vacances,

de résidences de tourisme et de villas fleurissent çà et là, au gré des opportunités foncières et parfois en toute illégalité. Certains panoramas ont de la sorte été défigurés par l’absence de contrôle urbanistique. De même, l’appropriation du territoire côtier par les campings et les véhicules des estivants pose parfois des problèmes cruciaux : l’absence d’assainissement des eaux ou la destruction des écosystèmes fragiles par exemple. Cependant, la création, en 1972, du Parc naturel régional à la remarquable action de protection et de valorisation du patrimoine naturel et paysager sur un territoire immense (le tiers de la superficie de l’île) a permis le développement d’un « tourisme vert », centré sur l’intérieur de l’île et ses massifs montagneux. Parallèlement, le Conservatoire du Littoral réhabilite les dunes et les plages de ses terrains dont la surface est considérable. Ce rééquilibrage est nécessaire pour garantir aux Corses (et aux vacanciers par la même occasion) la conservation de ce riche patrimoine.

Une économie vouée depuis toujours à l'agriculture

Mardi 15 février 2011

De tradition essentiellement agro-pastorale, l’économie de la Corse fonctionne comme une économie de montagne, tempérée par sa situation méridionale. Pays de vignes depuis que les Grecs l’y ont introduite dans l’Antiquité, la Corse commence à exporter ses vins réputés sur les tables pisanes, vers le Xe siècle. Cette activité répartie sur tout le territoire de l’île, notamment en Balagne et dans le cap Corse, subit de plein fouet les aléas de la production (épidémies de phylloxéra…) avant d’être reconnue, au début du siècle, en appellations contrôlées.

Implantés, semble-t-il, avant l’ère chrétienne, les oliviers tiennent depuis longtemps une place importante dans le paysage de l’île, mais aussi dans son économie. Dès le XVIe siècle, les Génois encouragent fortement la production d’olives, les huiles ayant à l’époque une grande importance commerciale. Des primes, des aides allouées à la greffe d’oléastre ou l’obligation de plantation pour les propriétaires terriens sont autant de moyens utilisés jusqu’au XVIIIe siècle pour développer cette culture. Au XIXe siècle, la France poursuit cette politique d’encouragement en envoyant des techniciens chargés de guider les agriculteurs dans la modernisation de leur exploitation. La production atteint alors son apogée avant de décliner rapidement au cours du XXe siècle. Le retard technologique pris par les équipements de transformation de l’olive (huileries) contribue à l’abandon de cette culture traditionnelle.

Paradoxalement, eu égard à la position privilégiée de la Corse en Méditerranée, les Corses ne sont pas un peuple de pêcheurs. Seuls les Cap-Corsins se sont quelque peu illustrés au cours des siècles dans le commerce de leur pêche. Certes, la richesse piscicole des côtes (langoustes, coraux…) aurait pu permettre le développement d’une telle production, mais l’insécurité quasi permanente des rivages de l’île a empêché une telle évolution. De fait, seuls les non-propriétaires, contraints de trouver une autre source de revenus que la terre, se tournent vers la pêche et prennent leurs « pointus » (petites barques de pêche) pour affronter les côtes dangereuses de l’île. Aujourd’hui, 95% de l’activité de pêche relève de méthodes artisanales. La pêche côtière est pratiquée grâce au filet trémail, alors que la pêche au large utilise le filet dérivant et la palanque.

La culture de la châtaigne connaît un destin proche de celui de l’oléiculture. Son importance actuelle tient surtout à sa consommation directe par les Corses. Le châtaignier, véritable « arbre à pain » de l’île, a nourri des générations de montagnards notamment depuis le XVIIe siècle, où les Génois imposent à chaque famille de planter quatre arbres. Mais le châtaignier est présent dans l’île depuis vingt-cinq millions d’années. L’ancienne et majestueuse châtaigneraie, principalement localisée en Castagniccia, a perdu du terrain par suite des vagues d’émigration et de l’exode rural des XIXe et XXe siècles. Aujourd’hui, on peut encore observer de beaux sujets isolés mais ce sont les taillis de châtaigniers qui dominent, utilisés entre autres à la production de piquets à vigne. Seuls les cochons sauvages, qui se nourrissent de fruits procurant à la charcuterie un goût inimitable, s’aventurent sous les arbres très serrés.

Les vergers d’orangers, de cédratiers, de citronniers, de figuiers et d’amandiers ont également contribué, en leur temps, à la diversité de la production fruitière de l’île. Les collines des « jardins » de la Corse (la Balagne, le Nebbio, la Cinarca et la

Casinca), couvertes de ces arbres jusqu’au début du siècle, gardent encore le charme des vergers en terrasses. Bien que dégradés, ces paysages ne manquent pas de charme, comparés aux modernes cultures d’agrumes occupant de grandes surfaces le long de la plaine orientale. C’est dans les années ’70 que la SOMIVAC, société d’économie mixte, permet à des cultivateurs de défricher et d’équiper ces parcelles faciles à exploiter, de façon à industrialiser l’arboriculture, principalement représentée aujourd’hui par la clémentine.

Mais c’est l’élevage qui relie le mieux la Corse d’hier à celle d’aujourd’hui. Ce secteur de l’agriculture est encore assez dynamique dans toute l’île. Le cheptel de bovins s’est stabilisé ces dernières années, après une progression marquée dans les années ’70. Les chèvres et les brebis, plutôt cantonnées en Haute-Corse, produisent le lait nécessaire à la fabrication des fromages corses (brocciu, fetta et tome). Cependant, le mouvement traditionnel de transhumance qui liait étroitement la mer (rejointe par les bergers l’hiver) à la montagne, a disparu. Cette liaison fondamentale est d’ailleurs lisible dans les structures administratives. Chaque commune comporte la plupart du temps un village-refuge perché en montagne associé à une bande littorale abritant parfois une marine. Si les rapports antagonistes entre les bergers (circulation libre sur le territoire) et les cultivateurs (clôture des parcelles cultivées) n’existent plus, ils sont cependant symbolisés par l’errance des animaux d’élevage. Les célèbres cochons sauvages (environ 35 000) issus de croisements entre cochons d’élevage et sangliers perpétuent cette libre occupation du sol, parfois dommageable pour l’environnement.

Depuis quelques années, un artisanat d’art traditionnel regroupant potiers, bijoutiers, etc. s’organise sous l’égide de la fédération « Corsicada » dans différentes localités, mais ce sont les atouts touristiques de l’île qui assurent l’essentiel de la ressource économique. La diversité des paysages, la richesse de la nature et les mystères de son histoire font de la Corse un espace fabuleux. Protégé et mis en valeur par des acteurs tels que le Parc naturel régional et le Conservatoire du Littoral, ce territoire a su garder son originalité que les autres côtes de la Méditerranée ont en grande partie perdue. C’est ce patrimoine qui, s’il n’entraîne pas un tourisme de masse, permettra à la Corse de conserver son identité.

Histoire de la Corse: Du rattachement à la couronne de France à nos jours

Mardi 15 février 2011

Au mécontentement latent succède bientôt l’affrontement entre l’île et le continent. C’est, de 1729 à 1769, le temps des révoltes populaires. Elles sont attisées au milieu du XIIIe siècle par la France qui abandonne pourtant son combat contre Gênes en 175 3, à la faveur du traité de Cateau-Cambrésis. Deux ans plus tard Pasquale Paoli, élu général de la nation corse et Surnommé le « Père de la patrie », crée un gouvernement indépendant à Corte et promulgue une constitution conçue par Jean-Jacques Rousseau. Incapable de faire face, Gênes cède finalement à la France ses droits sur l’île par le traité de Versailles, en 1768. Or Paoli refuse d’être mis, comme ses compatriotes, devant le fait accompli : il tient tête à l’armée française qui le bat cependant à la bataille décisive de Ponte Nuovo, le 8 mai 1769. Paoli s’exile à Londres jusqu’à la Révolution française. Entre-temps, Marbeuf, nommé gouverneur de la Corse, se consacre à la mise au pas de la population dont une partie est toutefois acquise depuis longtemps à la cause française. La Révolution française voit s’affronter les tenants de l’indépendance, partisans de Paoli qui est rentré d’exil, et les Bonapartistes dont le chef de file, Lucien Bonaparte, est plus proche de la Convention. Après l’épisode du royaume anglo-corse provoqué par l’insoumission de Paoli qui réussit une fois encore à dominer toute l’île, la Corse retombe aux mains des Français en 1795. Paoli s’enfuit à Londres où il meurt douze ans plus tard.

Au cours du XIXe siècle, la France tente de faire cesser le phénomène de « vendetta » (vengeance) qui déchire et décime les familles corses. Parallèlement, sous le second Empire, l’île s’équipe en infrastructures (routes, chemins de fer…). Les XIXe et XXe siècles se caractérisent par l’émigration massive de la population corse vers le continent ou les colonies, ou encore vers les Amériques (les Cap-Corsins). Ce phénomène est provoqué par le déclin économique de l’île dont l’activité, principalement agricole, ne peut concurrencer d’autres lieux de production. Entrant assez tôt dans la Résistance lors de la Seconde Guerre mondiale, la Corse est le premier département à être libéré des occupations allemande et italienne grâce à l’exploit du sous-marin Casablanca qui parvient à acheminer une centaine de parachutistes à Ajaccio. En 1970, la région Corse est créée tandis que les deux départements de Haute-Corse et de Corse-du-Sud sont établis en 1975. C’est cette année-là que commence la lutte armée pour l’indépendance de l’île. Cette guérilla, encore d’actualité, se complique aujourd’hui des règlements de compte qui ont lieu entre les groupuscules aux objectifs parfois difficiles à cerner. En tout état de cause, l’État français a du mal à circonscrire le « problème corse » et à y apporter une solution respectant les deux parties.

Un peu d'histoire de Corse: de l'arrivée des hommes du néolithique à l'hégémonie génoise

Mardi 15 février 2011

La première trace incontestable de la présence humaine en Corse a été découverte près de Bonifacio dans l’abri d’Araguina-Sennola. Le squelette d’une femme (« la Dame de Bonifacio »), datant de 6570 av. J.-C. ainsi que des fragments retrouvés à ses côtés ont permis d’identifier une civilisation de chasseurs-cueilleurs. Il est d’autre part clairement admis que l’homme qui peuple l’Europe depuis environ deux millions d’années, aurait posé le pied sur l’île à la faveur d’un assèchement temporaire de la mer mettant en communication directe l’Italie et la Corse. L’analyse des multiples tessons de poteries retrouvés dans l’île a mis en lumière l’existence d’une occupation humaine organisée et spécifique au néolithique ancien (6000 à S 000 av. J.-C). La caractéristique principale de ces débris repose sur la décoration particulière des poteries. Réalisée sur les rebords des objets, elle consiste en une impression de coquilles de mollusques locaux, comme le cardium qui a donné son nom à cette civilisation « cardiale ». Évoluant vers une société agro-pastorale, les peuplements de Corse élèvent ovins, bovins et porcs, tout en domestiquant le chien. Mais la céréaliculture est attestée parallèlement à l’extension de l’élevage.

Au néolithique moyen et récent (de 4000 à 2500 av. J.-C), on assiste à une complexification de l’organisation de ces premiers Corses qui occupent alors aussi bien l’intérieur des terres, où les habitats sont déjà protégés par des murets de pierre sèche, que les côtes partagées entre pêcheurs et éleveurs. Des échanges avec le continent sont probables, comme le prouvent les objets liés à des techniques nouvelles. Du néolithique final, du chalcolithique et de l’âge du bronze, nous sont parvenues quantité
de traces spectaculaires, comme les « castelli » (châteaux ou ensembles fortifiés), les « stazzone » (dolmens), les coffres servant de sépultures et les fameux « stantari » (menhirs) anthropomorphes parfois dits armés parce qu’ils arborent un poignard ou une épée. Une grande concentration de ces derniers dans le sud de la Corse a conduit les archéologues du début du siècle à élaborer une théorie rendue caduque par les travaux les plus récents. La théorie Shardane mettait en scène l’affrontement entre les autochtones et des envahisseurs shardanes débarqués sur la côte orientale, non loin de Porto-Vecchio. Parallèlement, l’âge du bronze correspond à l’essor de l’agriculture (découvertes de nombreuses cuvettes et meules de broyage) et à la croissance marquée de la population de l’île.

Si le premier âge du fer ne présente pas une grande originalité et reste dans la continuité de celui du bronze, l’âge de fer récent (VIe siècle av. J.-C.) fait entrer la Corse dans l’Histoire, avec la fondation d’Alalia par les Phocéens fuyant les Perses, sur la côte orientale. A la suite d’une mémorable bataille navale qui voit la victoire des Phocéens contre les Etrusques et leurs alliés carthaginois, l’ancienne capitale phocéenne se peuple brusquement d’Etrusques. Des trocs sont avérés entre les « Corsi », nom d’une tribu de la plaine orientale et du bassin du Tavignano, et les Phocéens, les Etrusques puis les Romains d’Alalia (qui devient par la suite Aléria). Les peuples dits historiques apportent aux citadins les produits de leurs montagnes (miel, cire, résine et bois) dans des récipients dont on trouve trace à Aléria, en échange de produits finis comme le vin et les huiles dont, en revanche, les emballages (tissus, amphores…) n’ont pu être retrouvés.

Les Romains conquièrent la Corse de 259 à 111 av. J.-C. en s’emparant tout d’abord d’Aléria. Du Ier au IIIe siècle, l’île prospère et sa population augmente de telle sorte que Ptolémée (géographe grec du IIe siècle) n’y dénombre pas moins de trente-deux villes et douze peuples. Puis la christianisation de la Corse s’étend rapidement malgré les persécutions infligées par Diocléticn. Quelques martyres corses sont d’ailleurs encore véné- rées (sainte Julie à Nonza, sainte Restitude à Calvi). Au Ve siècle, les invasions vandales et ostrogothes mettent à mal les cinq évêchés d’Aléria, de Mariana, de Saint-Florent, de Sagone et d’Ajaccio que Grégoire-le-Grand relève au VIe siècle avant d’en créer un sixième à l’intérieur de l’île. Au cours des siècles suivants, des pirates barbaresques (Sarrasins ou Maures) ne cessent de piller le littoral, chassant les habitantes vers les montagnes: c’est la période du repli et de l’abandon des côtes.

Les fidèles catholiques de l’île demandant alors protection à Grégoire VII à la fin du XIe siècle, tant ils sont tiraillés entre les pirates étrangers et les seigneurs de l’intérieur qui se font interminablement la guerre. Le pape confie l’administration de la Corse à l’évêque de Pise: c’est le début de la «paix pisane» marquée
par l’empreinte des bâtisseurs de cette république. Nombre d’églises romanes leur sont dues, ainsi que des ponts et des tours défensives à base carrée. Cependant, la rivalité entre Pise et Gênes trouve son champ de bataille sur le territoire corse que les deux républiques doivent bientôt partager (1153). C’est à partir de 1284, date de la chute de Pise, que Gênes commence véritablement à coloniser l’île. Pendant près de cinq siècles, les Génois doivent réprimer un chapelet de révoltes plus ou moins importantes selon qu’elles reçoivent ou non l’appui des puissances étrangères comme l’Aragon au XVe siècle, ou la France au XVIe siècle.

Malgré l’édification de tours de guet à la périphérie de l’île par les Génois (les fameuses tours génoises), les raids barbaresques reprennent aux XVe et XVIe siècles, provoquant un nouveau repli des habitants vers l’intérieur. A la fin du XVIe siècle, Gênes dote la Corse d’une organisation administrative et d’une justice qui permettent aux petites gens de s’émanciper quelque peu de la domination des seigneurs. Le gouvernement génois siège à Bastia. Il est assisté des commissaires d’Ajaccio, Bonifacio et Calvi qui s’appuient eux-mêmes sur des lieutenants de l’intérieur. Cependant, un Conseil constitué de douze Corses seconde le gouvernement et peut s’exprimer directement auprès du sénat de Gênes. Les dix provinces sont divisées en soixante-six pièces, constituées de plusieurs communes qui sont dirigées de façon assez démocratique par un podestat, un juge de paix et deux élus, les « pères du commun ». Les consultes où se rassemblent les représentants des pièces ajoutent à cette apparence de démocratie. Pourtant, cette si belle organisation ne tarde pas à « pourrir », du fait de la corruption des fonctionnaires génois et de l’augmentation démesurée des impôts pesant sur les habitants.

Milles kilomètres de côtes…

Mardi 15 février 2011

Un micro-continent corso-sarde se serait détaché de la Provence au cours de l’ère secondaire, puis aurait opéré une lente rotation pour se retrouver, il y a quelque trente millions d’années, dans la configuration actuelle. La Corse, troisième île de la Méditerranée occidentale, étonne de prime abord par la structure de son relief montagneux qui s’est mis en place à la fin de l’ère tertiaire. En effet, la Corse dont l’altitude moyenne est supérieure à celles de la Sicile et de la Sardaigne (586 m) apparaît avant tout comme un massif montagneux émergeant de la Méditerranée. Excepté la côte orientale qui ne dépasse pas 90 km de long, les côtes escarpées sont dominées par des sommets très proches – Monte Cinto (2706 m) à 27 km de la mer, Monte Incudine (2134 m) à 16 km de la mer.

On distingue deux Corses géologiques : la Corse ancienne et cristalline au sud-ouest, soulevée à l’ère primaire, représentant les deux-tiers de la surface de l’île, et la Corse alpine au nord-est issue d’un terrain sédimentaire et correspondant au tiers restant. A l’ère tertiaire, des mouvements tectoniques « rajeunissent » la Corse cristalline, tandis que des plissements interviennent au nord-est, formant les chaînes alpines. Sous cette apparente simplicité se cachent des formations plus complexes. La Corse alpine est en effet divisée en trois parties : la montagne schisteuse du cap Corse et de la Castagniccia, la côte alluviale orientale et le « sillon central », importante zone de fracture. Deux enclaves principales, l’une calcaire, l’autre cristalline, se superposent à ce système : le bassin calcaire de Bonifacio dans le sud de la Corse cristalline et le désert des Agriates, morceau de socle ancien s’immisçant à l’extrémité du sillon central.

Les roches que l’on découvre en Corse présentent donc des natures, des faciès et des couleurs très variés (certaines sont même très rares). Magmatiques sur le socle cristallin de l’ouest, ce sont des roches plutoniques comme le granit (principalement rose et rouge) ou des roches volcaniques comme les rhyo-lites aux teintes innombrables. En Corse alpine, on observera plutôt des schistes issus de roches sédimentaires et des ophiolites, roches métamorphiques provenant de roches magmatiques. L’alternance des ophiolites (roches vertes) et des schistes (avec lesquels sont fabriquées les lauzes ou « teghje » en Corse) produit des paysages très variés : n’ayant pas la même résistance à l’érosion, leurs formes diffèrent considérablement. Les roches sédimentaires sont présentes sous forme d’enclaves, mais aussi en gisements dans toute l’île (Bonifacio, Saint-Florent). Leur transformation en marbre est parfois exploitée, comme dans la Restonica. Des églises pisanes, dont les jeux colorés sont admirables, aux humbles « bories » (cabanes de bergers), le calcaire a permis de diversifier l’architecture de la Corse en créant des motifs de décoration particuliers comme les jeux de damier.

Les côtes, du cap Corse à la plaine orientale, en passant par les somptueux golfes de la côte occidentale et les falaises de Bonifacio, ne cesseront de surprendre le plaisancier ou le randonneur par leurs formes d’aspect parfois animal (chaos granitiques érodés en « taffoni », c’est-à-dire creusés de l’intérieur par le sel, le vent et l’eau) comme à Porto ou à Campomoro, ou spectaculaires comme dans les Agriates ou à Scandola avec ses admirables « orgues rhyolitiques ». De même, les plages qui tapissent les golfes et les « calas » (petites anses naturelles) entre « punta » et « capu » (pointes et caps) sont tantôt couvertes de galets rouges, ou sombres comme au cap Corse, tantôt de sable rouge ou blanc comme dans le golfe de Porto-Vecchio où le contraste entre les éléments évoque les lagons bleus de nos rêves. Du fait de la plongée brutale du socle dans la mer, les fonds marins y sont importants et riches, notamment le long de la côte occidentale aux alentours de Porto et de Piana où les fameuses « calanches » correspondent, dans leur évolution, aux abers bretons ou aux fjords nordiques.

Les cours d’eau principaux, qui ont généralement creusé leurs hautes vallées en montagne (comme la vallée du Niolo formée par le Golo), descendent vers la côte en se faufilant dans des gorges impressionnantes avant de finir en estuaires plus ou moins larges. Ceux-ci forment des marais côtiers qui, jusqu’au début du siècle, ont abrité l’anophèle, insecte porteur de la malaria.

Le Littoral Corse

Mardi 15 février 2011

Mille kilomètres de côtes constituent le littoral de la Corse, la troisième île de la Méditerranée occidentale. L’île apparait comme une « montagne dans la mer » émergeant des profondeurs.

Plages de sable, criques et îles rocheuses, réserves naturelles, marais côtiers… alternent sur son rivage, entre mer et montagne.