De la riche plaine céréalière romaine aux châtaigniers de la Castagniccia

Le lieu de développement le plus récent de la Corse est aussi l’un des plus anciens. Sa facilité d’accès en a fait un lieu immémo­rial d’échanges, parfois violents. Il existe peu de traces préhistoriques témoignant d’une occupation sur la côte. Les Phocéens fon­dent une cité au Ve siècle av. J.-C. qui devient Aleria, capitale de province, de la République à la fin de l’Empire romain. Durant l’occupation romaine, la plaine d’Aleria est l’un des greniers à blé de l’Empire et le centre politique de l’île. Cette période de mise en valeur de la plaine pro­prement dite ne dure pas. Sous l’action conjuguée de la malaria et des invasions bar-baresques, les habitants de l’île se retran­chent progressivement sur les hauteurs, abandonnant la plaine aux troupeaux.

Engendrant une méfiance immémoriale, car nombre de razzias et d’invasions en pro­viennent du bas Movcn Age au XVIIIe siècle, la plaine est tenue à distance et surveillée. Ce qui explique le mode d’établissement des villages corses, à mi-pente des montagnes quatre cent cinquante mètres au-dessus de la mer, et les merveilleux belvédères qu’ils constituent. L’implantation communale résulte donc de ces aléas historiques. Le découpage administratif s’est effectué en longues bandes parallèles, s’étirant du rivage déserté à la communauté villageoise regrou­pée dans la montagne.

La prééminence des villes italiennes de Pise et de Gênes influe sur l’architecture des villages et des églises, mais l’action de Gênes reste déterminante en ce qui concerne l’incitation à planter du châtaignier. Cet arbre modifie radicalement l’économie et les modes de vie en Corse, notamment dans la Castagniccia. Au XVIIe siècle, la Castagniccia devient la puissance économique de l’île. Les hautes maisons de ses villages ainsi que ses très nombreuses églises baroques en témoignent encore.

La plaine, qui est dorénavant la région agricole la plus prospère de Corse, est le lieu d’une intense activité touristique et n’a que peu de rapport avec la région inhospitalière qu’elle était encore il y a quarante ans. Jusqu’en 1955, la malaria a empêché toute activité, hormis le passage saisonnier des troupeaux. Les troupes américaines stationnées sur l’île ont alors déversé du DDT le long de la plaine afin d’éradiquer l’insecte vecteur de la maladie. Depuis, une culture intensive de fruits s’est développée sur les terres alluviales de la côte orientale, taisant de la région l’une des plus dynamiques de Corse.

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