Des peuples du néolithique à nos jours

Si des peuplements du néolithique ancien ont été découverts sur cette partie de la côte occidentale, et en particulier au niveau des promontoires littoraux, puis vers l’intérieur des terres à l’âge du bronze, les vestiges que les archéologues y ont mis au jour ne sont pas monumentaux, contraire­ment à ceux du sud de l’île. De nombreuses stations riches en pointes de flèches, en éclats d’obsidienne, etc ont été fouillées en Balagne mais c’est à Sagone que l’on peut observer les signes les plus mystérieux de l’art protohistorique, sous la forme de deux menhirs anthropomorphes dont la facture est d’ailleurs plus soignée qu’à Hlitosa, dans le golfe de Valinco. Occupés dès l’Antiquité par les Phéni­ciens, les Grecs et les Etrusques, les golfes de cette côte accueillent ensuite des colonies romaines. On y a retrouvé des amphores, des mosaïques, des briques et parfois même des monnaies ou encore, comme à Aregno, des plaques de bronze qui faisaient office de certificats de retraite pour les soldats de l’Empire. D’autres colonies s’installent par­fois sur les pitons anciennement occupés. Dès la fin de l’Empire romain, les golfes de Calvi et de Sagone sont choisis pour y implanter de basiliques paléochrétiennes. Alors que Sagone devient, au VIe siècle, l’un des cinq premiers évêchés de l’île, les populations de Calvi et de l’Ile-Rousse régressent à cause des invasions vandales et ostrogothes, du Ve au Xe siècle. La domina­tion pisane a pour principal effet de stabili­ser les populations et de développer le com­merce au départ des différentes marines. Durant cette période, la riche Balagne est le lieu de l’édification de nombreuses églises qui, plus que les édifices baroques construits par la suite, lui ont donné son nom de Sainte Balagne.

Chargées de défendre les côtes contre les attaques sarrasines, plusieurs grandes familles pisanes, comme celle des marquis de Massa et de Corse en Balagne ou celle des comtes de la Cinarca, s’implantent alors dans toute la région qu’ils s’approprient grâce au système féodal. Leurs descendants, les Savelli, les d’Istria, les délia Rocca, les Leca, y construisent des châteaux dont les ruines sont encore visibles dans toute la contrée. Jusqu’au XVe siècle, ils luttent contre Gênes en refusant, notamment, le système d’administration des « pieve » par le peuple, mis pro^essivement en place par la République.
Mais c’est pendant l’occupation génoise que les citadelles de la côte s’érigent peu à peu, à Algajola, Calvi et Ajaccio ainsi que le fortin de Girolata et les tours de guet juchées sur bon nombre de pointes. Parallè­lement, naissent les colonies grecque de Cargèse et ligure d’Ajaccio. Alors que cer­taines de ces places fortes (citadelles de Calvi et d’Algajola) restent fidèles à Gênes avec laquelle elles entretiennent un com­merce lucratif, quelques communautés de l’arrière-pays (Calenzana, Arbori) soutien­nent les différentes révoltes corses pour secouer le joug de l’Office Saint-Georges chargé par la république génoise d’adminis­trer l’île. En 1553, Sampiero Corso prend Ajac­cio, permettant aux Corses de s’installer dans la future capitale jusque-là réservée aux seuls colons génois. Quatorze ans avant le début de la guerre d’indépendance, les habi­tants de Vico s’attaquent à Paomia, colonie grecque à l’origine de Cargèse. Ils préfigu­rent en cela la révolte des « paesani » contre l’impôt génois en 1729, qui les unira aux Niolins pour attaquer de nouveau ces colons soupçonnés d’entente avec Gênes. Ceux-ci se réfugient finalement à Ajaccio en 1732 avant de revenir sous protection française édifier la cité de Cargèse en 1773. En 1758, Pasquale Paoli fonde le port dTsola Rossa afin de concurrencer celui de Calvi dominé par les Génois, à la suite du refus des quatre principales familles d’Alga-jola de mettre leur port à la disposition du « père de la patrie », alors général de la nation corse.

Le rattachement a la France, qui suit le traité de Versailles de 1768, provoque notamment à Ajaccio des querelles entre Paolistes et partisans des Français. La Révo­lution française ne fait que compliquer le jeu des forces politiques. Les Buonaparte, fidèles à la Convention contrairement aux Paolistes qui réussissent à fomenter une insurrection dans toute l’île, sont obligés de se réfugier en dehors de la ville. Et c’est à Calvi, après la tentative avortée de Napoléon de s’emparer d’Ajaccio, qu’ils s’enfuient pour Toulon le 3 juin 179 3.
Pendant l’épisode du royaume anglo-corse, Calvi soutient un siège effroyable qui conduit le général Casablanca, détenseur de la place, à se rendre. Mais, deux ans plus tard, la Corse redevient française ! Depuis la division administrative de la Corse en deux départements, le Golo et le Liamone, en 1793, la capitale de ce dernier, Ajaccio, ne cesse de se développer économi­quement grâce à son port. Après la chute du royaume anglo-corse (1796) et sous Napo­léon, la Corse connaît des épisodes san­glants, notamment lors de l’insurrection de la « crucetta » et du soulèvement de 1799 qui sont violemment réprimés : la première par Lucien Bonaparte, et le second par le géné­ral Morand. Les XIX* » et XXe siècles, caractérisés par le déclin économique de l’île, voient beaucoup de ses entants émigrer pour survivre, tandis que le banditisme et la « vendetta » ne ces­sent d’attiser les conflits entre les clans. En 1942, c’est dans le golfe de Chiuni, près de Cargèse, qu’un contact s’établit entre les Forces françaises libres et la Résis­tance corse grâce au sous-marin Casablanca. Une des figures de la Résistance corse, Danielle Casanova, native d’Ajaccio, est arrêtée à Paris alors qu’elle anime l’organisa­tion communiste, l’Union des Jeunes Filles de France, ainsi que le journal La Voix des femmes. Déportée à Auschiwtz, elle y meurt en 1943.

Laisser une réponse