Les mystérieuses "ajas", cercles de vent

Modestes traces présentes dans toute l’île de l’ancienne activité postorale, les « ajas » (ou aires à blé) n’en entretiennent pas moins un lien essentiel et quasi-magique ovec les éléments naturels. Toujours situées en des lieux ventés, elles établissent ossez sûrement la « carte des cou­rants d’air » des terres cultivées. En effet, utilisées une fois par an, lors des moissons (le « granu : le blé, l’ »orzu » : l’orge, I » avena » : l’avoine), les ajas permettent à la communauté de battre le groin, puis de le séparer de sa balle grâce à l’action du vent (« ava treghie ») que l’on attendparfois quelques jours. Comme beaucoup de gestes ogricoles, cette tâche si simple est devenue pour les villageois un véritable rite. Guidés par un bouvier, une paire de bœufs tourne autour d’un axe central, entraînant une grosse pierre arrondie (le « tri-biu ») qui écrase les gerbes, au milieu des cris des enfants exci­tés qui, grimpés sur des ânes, sui­vent le lent mouvement de la « triberia ». On jette ensuite les grains en l’air â l’aide de pelles (« spula ») afin que le vent emporte la balle : c’est la « spu-lera ». Toujours de forme ronde, et mesurant de 8 à 10 m de dia­mètre, l’ajo est très souvent déli­mitée au sol par un cercle de pierres, quand un muret circulaire ne la rehausse pas. Pour qui s’aventure un peu dans le maquis, les ajas ne manqueront pas d’apparaître clairement car leur surface, piétinée d’innom­brables fois au cours des siècles, ressemble à une minuscule clo rière au milieu du maquis. Les racines, pourtant coriaces des genêts et outres arbousiers ne parviennent pas à franchir le cercle de pierres. Seules quelques asphodèles aux fleurs blanches, ces « plantes des morts », s’y aventurent. Certaines ajas, appar­tenant à lo communauté, s’ajou­tent ou grand nombre des ajas familiales, perchées parfois sur de minuscules cols, semblant encore attendre la brise.

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