Milles kilomètres de côtes…

Un micro-continent corso-sarde se serait détaché de la Provence au cours de l’ère secondaire, puis aurait opéré une lente rotation pour se retrouver, il y a quelque trente millions d’années, dans la configuration actuelle. La Corse, troisième île de la Méditerranée occidentale, étonne de prime abord par la structure de son relief montagneux qui s’est mis en place à la fin de l’ère tertiaire. En effet, la Corse dont l’altitude moyenne est supérieure à celles de la Sicile et de la Sardaigne (586 m) apparaît avant tout comme un massif montagneux émergeant de la Méditerranée. Excepté la côte orientale qui ne dépasse pas 90 km de long, les côtes escarpées sont dominées par des sommets très proches – Monte Cinto (2706 m) à 27 km de la mer, Monte Incudine (2134 m) à 16 km de la mer.

On distingue deux Corses géologiques : la Corse ancienne et cristalline au sud-ouest, soulevée à l’ère primaire, représentant les deux-tiers de la surface de l’île, et la Corse alpine au nord-est issue d’un terrain sédimentaire et correspondant au tiers restant. A l’ère tertiaire, des mouvements tectoniques « rajeunissent » la Corse cristalline, tandis que des plissements interviennent au nord-est, formant les chaînes alpines. Sous cette apparente simplicité se cachent des formations plus complexes. La Corse alpine est en effet divisée en trois parties : la montagne schisteuse du cap Corse et de la Castagniccia, la côte alluviale orientale et le « sillon central », importante zone de fracture. Deux enclaves principales, l’une calcaire, l’autre cristalline, se superposent à ce système : le bassin calcaire de Bonifacio dans le sud de la Corse cristalline et le désert des Agriates, morceau de socle ancien s’immisçant à l’extrémité du sillon central.

Les roches que l’on découvre en Corse présentent donc des natures, des faciès et des couleurs très variés (certaines sont même très rares). Magmatiques sur le socle cristallin de l’ouest, ce sont des roches plutoniques comme le granit (principalement rose et rouge) ou des roches volcaniques comme les rhyo-lites aux teintes innombrables. En Corse alpine, on observera plutôt des schistes issus de roches sédimentaires et des ophiolites, roches métamorphiques provenant de roches magmatiques. L’alternance des ophiolites (roches vertes) et des schistes (avec lesquels sont fabriquées les lauzes ou « teghje » en Corse) produit des paysages très variés : n’ayant pas la même résistance à l’érosion, leurs formes diffèrent considérablement. Les roches sédimentaires sont présentes sous forme d’enclaves, mais aussi en gisements dans toute l’île (Bonifacio, Saint-Florent). Leur transformation en marbre est parfois exploitée, comme dans la Restonica. Des églises pisanes, dont les jeux colorés sont admirables, aux humbles « bories » (cabanes de bergers), le calcaire a permis de diversifier l’architecture de la Corse en créant des motifs de décoration particuliers comme les jeux de damier.

Les côtes, du cap Corse à la plaine orientale, en passant par les somptueux golfes de la côte occidentale et les falaises de Bonifacio, ne cesseront de surprendre le plaisancier ou le randonneur par leurs formes d’aspect parfois animal (chaos granitiques érodés en « taffoni », c’est-à-dire creusés de l’intérieur par le sel, le vent et l’eau) comme à Porto ou à Campomoro, ou spectaculaires comme dans les Agriates ou à Scandola avec ses admirables « orgues rhyolitiques ». De même, les plages qui tapissent les golfes et les « calas » (petites anses naturelles) entre « punta » et « capu » (pointes et caps) sont tantôt couvertes de galets rouges, ou sombres comme au cap Corse, tantôt de sable rouge ou blanc comme dans le golfe de Porto-Vecchio où le contraste entre les éléments évoque les lagons bleus de nos rêves. Du fait de la plongée brutale du socle dans la mer, les fonds marins y sont importants et riches, notamment le long de la côte occidentale aux alentours de Porto et de Piana où les fameuses « calanches » correspondent, dans leur évolution, aux abers bretons ou aux fjords nordiques.

Les cours d’eau principaux, qui ont généralement creusé leurs hautes vallées en montagne (comme la vallée du Niolo formée par le Golo), descendent vers la côte en se faufilant dans des gorges impressionnantes avant de finir en estuaires plus ou moins larges. Ceux-ci forment des marais côtiers qui, jusqu’au début du siècle, ont abrité l’anophèle, insecte porteur de la malaria.

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