Un peu d'histoire de Corse: de l'arrivée des hommes du néolithique à l'hégémonie génoise

La première trace incontestable de la présence humaine en Corse a été découverte près de Bonifacio dans l’abri d’Araguina-Sennola. Le squelette d’une femme (« la Dame de Bonifacio »), datant de 6570 av. J.-C. ainsi que des fragments retrouvés à ses côtés ont permis d’identifier une civilisation de chasseurs-cueilleurs. Il est d’autre part clairement admis que l’homme qui peuple l’Europe depuis environ deux millions d’années, aurait posé le pied sur l’île à la faveur d’un assèchement temporaire de la mer mettant en communication directe l’Italie et la Corse. L’analyse des multiples tessons de poteries retrouvés dans l’île a mis en lumière l’existence d’une occupation humaine organisée et spécifique au néolithique ancien (6000 à S 000 av. J.-C). La caractéristique principale de ces débris repose sur la décoration particulière des poteries. Réalisée sur les rebords des objets, elle consiste en une impression de coquilles de mollusques locaux, comme le cardium qui a donné son nom à cette civilisation « cardiale ». Évoluant vers une société agro-pastorale, les peuplements de Corse élèvent ovins, bovins et porcs, tout en domestiquant le chien. Mais la céréaliculture est attestée parallèlement à l’extension de l’élevage.

Au néolithique moyen et récent (de 4000 à 2500 av. J.-C), on assiste à une complexification de l’organisation de ces premiers Corses qui occupent alors aussi bien l’intérieur des terres, où les habitats sont déjà protégés par des murets de pierre sèche, que les côtes partagées entre pêcheurs et éleveurs. Des échanges avec le continent sont probables, comme le prouvent les objets liés à des techniques nouvelles. Du néolithique final, du chalcolithique et de l’âge du bronze, nous sont parvenues quantité
de traces spectaculaires, comme les « castelli » (châteaux ou ensembles fortifiés), les « stazzone » (dolmens), les coffres servant de sépultures et les fameux « stantari » (menhirs) anthropomorphes parfois dits armés parce qu’ils arborent un poignard ou une épée. Une grande concentration de ces derniers dans le sud de la Corse a conduit les archéologues du début du siècle à élaborer une théorie rendue caduque par les travaux les plus récents. La théorie Shardane mettait en scène l’affrontement entre les autochtones et des envahisseurs shardanes débarqués sur la côte orientale, non loin de Porto-Vecchio. Parallèlement, l’âge du bronze correspond à l’essor de l’agriculture (découvertes de nombreuses cuvettes et meules de broyage) et à la croissance marquée de la population de l’île.

Si le premier âge du fer ne présente pas une grande originalité et reste dans la continuité de celui du bronze, l’âge de fer récent (VIe siècle av. J.-C.) fait entrer la Corse dans l’Histoire, avec la fondation d’Alalia par les Phocéens fuyant les Perses, sur la côte orientale. A la suite d’une mémorable bataille navale qui voit la victoire des Phocéens contre les Etrusques et leurs alliés carthaginois, l’ancienne capitale phocéenne se peuple brusquement d’Etrusques. Des trocs sont avérés entre les « Corsi », nom d’une tribu de la plaine orientale et du bassin du Tavignano, et les Phocéens, les Etrusques puis les Romains d’Alalia (qui devient par la suite Aléria). Les peuples dits historiques apportent aux citadins les produits de leurs montagnes (miel, cire, résine et bois) dans des récipients dont on trouve trace à Aléria, en échange de produits finis comme le vin et les huiles dont, en revanche, les emballages (tissus, amphores…) n’ont pu être retrouvés.

Les Romains conquièrent la Corse de 259 à 111 av. J.-C. en s’emparant tout d’abord d’Aléria. Du Ier au IIIe siècle, l’île prospère et sa population augmente de telle sorte que Ptolémée (géographe grec du IIe siècle) n’y dénombre pas moins de trente-deux villes et douze peuples. Puis la christianisation de la Corse s’étend rapidement malgré les persécutions infligées par Diocléticn. Quelques martyres corses sont d’ailleurs encore véné- rées (sainte Julie à Nonza, sainte Restitude à Calvi). Au Ve siècle, les invasions vandales et ostrogothes mettent à mal les cinq évêchés d’Aléria, de Mariana, de Saint-Florent, de Sagone et d’Ajaccio que Grégoire-le-Grand relève au VIe siècle avant d’en créer un sixième à l’intérieur de l’île. Au cours des siècles suivants, des pirates barbaresques (Sarrasins ou Maures) ne cessent de piller le littoral, chassant les habitantes vers les montagnes: c’est la période du repli et de l’abandon des côtes.

Les fidèles catholiques de l’île demandant alors protection à Grégoire VII à la fin du XIe siècle, tant ils sont tiraillés entre les pirates étrangers et les seigneurs de l’intérieur qui se font interminablement la guerre. Le pape confie l’administration de la Corse à l’évêque de Pise: c’est le début de la «paix pisane» marquée
par l’empreinte des bâtisseurs de cette république. Nombre d’églises romanes leur sont dues, ainsi que des ponts et des tours défensives à base carrée. Cependant, la rivalité entre Pise et Gênes trouve son champ de bataille sur le territoire corse que les deux républiques doivent bientôt partager (1153). C’est à partir de 1284, date de la chute de Pise, que Gênes commence véritablement à coloniser l’île. Pendant près de cinq siècles, les Génois doivent réprimer un chapelet de révoltes plus ou moins importantes selon qu’elles reçoivent ou non l’appui des puissances étrangères comme l’Aragon au XVe siècle, ou la France au XVIe siècle.

Malgré l’édification de tours de guet à la périphérie de l’île par les Génois (les fameuses tours génoises), les raids barbaresques reprennent aux XVe et XVIe siècles, provoquant un nouveau repli des habitants vers l’intérieur. A la fin du XVIe siècle, Gênes dote la Corse d’une organisation administrative et d’une justice qui permettent aux petites gens de s’émanciper quelque peu de la domination des seigneurs. Le gouvernement génois siège à Bastia. Il est assisté des commissaires d’Ajaccio, Bonifacio et Calvi qui s’appuient eux-mêmes sur des lieutenants de l’intérieur. Cependant, un Conseil constitué de douze Corses seconde le gouvernement et peut s’exprimer directement auprès du sénat de Gênes. Les dix provinces sont divisées en soixante-six pièces, constituées de plusieurs communes qui sont dirigées de façon assez démocratique par un podestat, un juge de paix et deux élus, les « pères du commun ». Les consultes où se rassemblent les représentants des pièces ajoutent à cette apparence de démocratie. Pourtant, cette si belle organisation ne tarde pas à « pourrir », du fait de la corruption des fonctionnaires génois et de l’augmentation démesurée des impôts pesant sur les habitants.

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