Une longue tradition agricole

Trois types d’activités se sont partagé le territoire entre la Balagne et Ajaccio : dans le Niolo, l’élevage extensil des troupeaux dont la transhumance s’effectue jusque sur le rivage, la polyculture et l’arboriculture dans les régions fertiles de la Balagne et de la Cinarca ainsi que la céréaliculture jusque sur la côte comme à Piana, et la pêche sur la côte. La culture du blé et de l’orge ainsi que la plantation de vergers ont été rendues pos­sibles sur les collines et sur les pointes côtières par la construction d’innombrables terrasses et de murs protégeant les parcelles des troupeaux. Les bergers ont de tout temps lutté contre cette limitation du terri­toire et ont souvent été à l’origine de mou­vements de révolte (comme à Cargèse ou à Ajaccio). Mais il faut bien reconnaître la dureté de leurs conditions de vie. Quel n’était pas leur désappointement en trou­vant parfois les pacages défrichés et clôturés, alors qu’ils venaient de parcourir en trois ou quatre journées de marche pénible la distan­ce qui sépare, par exemple, les forêts de I’Aïtone et de Lonca de la vallée du Fangu!

Soutenus par les marquis de Massa et de Corse, les Bénédictins implantés en Balagne donnent un nouvel élan à la production agricole de la région qui produit ainsi, au XIIe siècle, la plus grande quantité de vin de Corse. Plus tard, sous l’impulsion de Gênes, la Balagne se couvre d’oliviers. L’huile ex­traite dans les moulins à huile encore visibles ça et là est ensuite exportée notam­ment vers la Toscane, via Calvi et Algajola puis l’Ile-Rousse, à partir du XVIIIe siècle. De multiples vergers d’orangers, de citron­niers ou de figuiers, enrichissent encore l’économie de ce « jardin de la Corse ». La Cinarca plantée d’amandiers, de cédratiers, d’orangers, de citronniers ou d’oliviers fait aussi figure de pavs de Cocagne. Aujourd’hui, ces richesses mises à mal par les incendies répétés et par l’urbanisation qui couvre la région de résidences secon­daires, sont bien souvent ruinées. Si le déve­loppement du réseau routier qui débute sous le second Empire permet une légère reprise de l’activité, il soumet inéluctable­ment la Corse au tourisme. Et, au XXe siècle, les différents plans de restructuration de l’agriculture ne parviendront pas à enrayer l’abandon de ces cultures qui ont façonné le paysage.
En Balagne, un mouvement artisanal accompagné d’un renouveau culturel a émergé grâce à une association. Il permet à des artisans d’art, ceux de Pigna par exemple, de vivre de leurs productions. Cures thermales et bains de mer Comme le reste de l’île, la côte qui s’étend de l’Ile-Rousse à Ajaccio a été inves­tie au XIXe siècle par un petit nombre de nobles anglais et par quelques artistes épris d’aventure. Plus tard, on vient se soigner aux sources montagneuses prisées par les Corses depuis plusieurs siècles parfois, comme à Guagno-les-Bains où le Grand-Hôtel ne fait que remplacer les trois humbles bassins des hommes, des temmes et… des moines ! La baignade se développe parallèlement dans les goltes d’Ajaccio, de Porto, de Calvi et de l’Ile-Rousse, provoquant la naissance d’une hôtellerie de luxe. Mais avec la récente démocratisation du tourisme, on constate une explosion estivale sur les plages des golfes de la côte occidentale, et aux abords de Porto et de Piana dont les calanches ont été classées patrimoine mondial par l’Unes-co. Ainsi, bien que les activités nautiques et de plaisance constituent le moteur du tou­risme actuel, la volonté de retrouver nature et authenticité permet à l’arrière-pays (la Balagne et ses villages perchés, les gorges de la Spelunca…) d’avoir de plus en plus d’admirateurs. La richesse du patrimoine religieux pisan et baroque ainsi que les ruines des châteaux des seigneurs de la région ne cessent, de leur côté, d’attirer les amateurs d’Histoire.

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