1 mars 2024

Des peuples du néolithique à nos jours

Bien qu’une occupation néolithique (puis romaine) est attestée dans toute la région délimitée par la ligne Bastia-Murato-Ostriconi, c’est le cap Corse qui s’attribue très vite le rôle moteur de l’extrémité nord de la Corse. Des foyers de christianisme apparaissent très vite à Maccinaggio et à Tomino (côte est du cap) ainsi qu’à Maria-na, au sud de Bastia. Mais les Vandales, puis les Ostrogoths détruisent, au cours du Ve siècle, les cinq évêchés corses (dont Saint-Florent et Mariana) que Grégoire le Grand reconstruira à la fin du VIe siècle. Attaquée continuellement par les Barbaresques (ou Maures) comme le reste de l’île, du VIIe au XIe siècle, la région de Bastia en conserve la trace dans le toponyme de l’une des com­munes du cap, Morsiglia.

Sous la domination de Pise (du IXe au XIIe siècle), la paix s’installe peu à peu. Elle permet aux marins du cap Corse d’échanger leurs vins réputés que les Pisans viennent chercher par barque dans les marines d’Erbalunga et de Cardo (tutur port de Bas­tia) . Ils font également commerce des huiles, des châtaignes et du blé produits dans les régions du Nebbio et de la Balagne. Cette prospérité se traduit par la construc­tion d’églises romanes de style pisan qui se multiplient aussi bien dans les marais du Nebbio désertés par la population que dans la montagne cap-corsine.

Convoité par les Génois à partir du XIIe, le cap Corse est partagé au XIIIe siècle entre deux familles de féodaux : les da Mare au nord et les Avogari au sud. Ce régime féodal de propriété des terres se maintient d’ailleurs au XIVe siècle, bien que la Corse du nord soit devenue « terra di comune », par opposition à la « terra dei signori », au sud. Pour lutter contre les raids barba­resques, Gênes permet l’édification de tren­te-deux tours de guet de forme ronde au bord des marines, tandis que les notables cap-corsins construisent dans les villages des tours carrées qui servent de refuge aux habi­tants des hameaux voisins. Cependant, Gênes s’affaiblit et impressionne de moins en moins les ennemis. C’est ainsi que les da Mare, obligés de s’effacer devant l’adminis­tration génoise et la famille de gouverneurs Doria, permettent à certains chefs barba­resques de faire escale dans la crique d’Agnello.

Tandis que les citadelles de Saint-Flo­rent et de Bastia sont érigées aux XIVe et XVe siècles par les Génois qui espèrent ainsi pro­téger le commerce maritime, les Agriates sont un territoire inhabité à l’ouest de Saint-Florent qui est exploité d’un point de vue agricole. L’élevage, la culture du blé et la pêche y sont pratiqués par les Cap-Corsins et les habitants du Nebbio. Mais les attaques barbaresques viennent à bout de cette occu­pation, repoussant les agriculteurs vers l’intérieur des terres.

Les Cap-Corsins continuent à échanger leurs marchandises sous la domination génoise. Ce commerce contribue à la créa­tion d’un artisanat très productif, comme à Sisco où sont créés des ateliers d’orfèvrerie et d’armes transformant le minerai de fer de l’île d’Elbe ainsi que certains des minerais du cap Corse. Par ailleurs, en 1553, un traité avec le roi d’Alger leur permet de pêcher le corail et de commercer notam­ment avec Marseille. En 1560, un Cap-Corsin parvient même à établir des comp­toirs en Afrique du Nord.

Alors que le Nebbio, riche région agri­cole, produit en abondance huile d’olive, châtaignes, miel, vin et bétail, l’abri du golfe de Saint-Florent est abandonné au XVIIe siècle par les Génois. Enjeu perpétuel d’actions militaires (Aragonais au XVe siècle, Français et Turcs au XVIe siècle) le golfe, ravagé par la malaria, est ainsi déser­té pendant deux siècles par ses habitants. Pourtant, lors de la lutte pour l’indépen­dance menée par Pasquale Paoli, celui-ci établit son quartier général dans la « conca d’oro ». C’est ainsi qu’il surnomme le Neb­bio. Et c’est à Murato qu’il fait frapper la monnaie nationale. Paoli est moins bien accueilli par les Cap-Corsins. Ceux-ci, en effet, hésitent longtemps à secouer le joug génois qui leur est particulièrement favo­rable. Paoli parvient tout de même à armer sa flotte à Centuri. Son capitaine Achille Murati appareille à Maccinaggio en 1767 et prend l’île de Capraia aux Génois. C’est dans ce même port que Paoli accoste, à son retour d’exil, en 1790. Les régions de Bas­tia, du cap Corse et du Nebbio, déjà secouées par les révoltes de 1730 – des mil­liers de paysans montagnards, refusant de payer leurs impôts à Gênes, ont mis Bastia à sac – sont ébranlées par la Révolution fran­çaise et les multiples conflits qui en décou­lent. Ces terres voient en effet l’affronte­ment entre les révolutionnaires corses et les croyants et religieux hostiles à la constitu­tion civile du clergé.

Les activités maritimes s’effondrent au cours du XIXe siècle, à la suite du nouveau découpage administratif dont la Corse fait l’objet. Bastia est en effet réduite au statut de simple sous-préfecture. Les Cap-Corsins entreprennent de développer leur propre agriculture en construisant des centaines de terrasses dans la montagne, transportant la bonne terre à dos d’homme. Parallèlement à ces efforts, une catastrophe s’abat sur la région, c’est le phylloxéra qui oblige à arra­cher toutes les vignes. Celles-ci sont souvent remplacées par des cédratiers dont les fruits, ressemblant à de gros citrons, constituent la base de beaucoup de pâtisseries et de confi­series. Une liqueur, la cédratine, est concoc­tée à partir de cet agrume. Malgré le succès de ces travaux considérables, de nombreux Cap-Corsins doivent émigrer. Une « filière » s’élabore départ après départ, celle de l’Amérique du Sud.

C’est aussi au XIXe siècle que le golfe de Saint-Florent est réinvesti par ses habitants. L’assèchement des marais s’effectue au second Empire tandis qu’une route reliant la ville à la côte orientale se construit peu à peu. En ce qui concerne les Agriates parta­gés entre bergers et agriculteurs jusqu’au début du XXe siècle, leur déclin progresse au rvthme de l’abandon des terres arables et de la reconquête rapide du maquis.