1 mars 2024

Une économie vouée depuis toujours à l'agriculture

De tradition essentiellement agro-pastorale, l’économie de la Corse fonctionne comme une économie de montagne, tempérée par sa situation méridionale. Pays de vignes depuis que les Grecs l’y ont introduite dans l’Antiquité, la Corse commence à exporter ses vins réputés sur les tables pisanes, vers le Xe siècle. Cette activité répartie sur tout le territoire de l’île, notamment en Balagne et dans le cap Corse, subit de plein fouet les aléas de la production (épidémies de phylloxéra…) avant d’être reconnue, au début du siècle, en appellations contrôlées.

Implantés, semble-t-il, avant l’ère chrétienne, les oliviers tiennent depuis longtemps une place importante dans le paysage de l’île, mais aussi dans son économie. Dès le XVIe siècle, les Génois encouragent fortement la production d’olives, les huiles ayant à l’époque une grande importance commerciale. Des primes, des aides allouées à la greffe d’oléastre ou l’obligation de plantation pour les propriétaires terriens sont autant de moyens utilisés jusqu’au XVIIIe siècle pour développer cette culture. Au XIXe siècle, la France poursuit cette politique d’encouragement en envoyant des techniciens chargés de guider les agriculteurs dans la modernisation de leur exploitation. La production atteint alors son apogée avant de décliner rapidement au cours du XXe siècle. Le retard technologique pris par les équipements de transformation de l’olive (huileries) contribue à l’abandon de cette culture traditionnelle.

Paradoxalement, eu égard à la position privilégiée de la Corse en Méditerranée, les Corses ne sont pas un peuple de pêcheurs. Seuls les Cap-Corsins se sont quelque peu illustrés au cours des siècles dans le commerce de leur pêche. Certes, la richesse piscicole des côtes (langoustes, coraux…) aurait pu permettre le développement d’une telle production, mais l’insécurité quasi permanente des rivages de l’île a empêché une telle évolution. De fait, seuls les non-propriétaires, contraints de trouver une autre source de revenus que la terre, se tournent vers la pêche et prennent leurs « pointus » (petites barques de pêche) pour affronter les côtes dangereuses de l’île. Aujourd’hui, 95% de l’activité de pêche relève de méthodes artisanales. La pêche côtière est pratiquée grâce au filet trémail, alors que la pêche au large utilise le filet dérivant et la palanque.

La culture de la châtaigne connaît un destin proche de celui de l’oléiculture. Son importance actuelle tient surtout à sa consommation directe par les Corses. Le châtaignier, véritable « arbre à pain » de l’île, a nourri des générations de montagnards notamment depuis le XVIIe siècle, où les Génois imposent à chaque famille de planter quatre arbres. Mais le châtaignier est présent dans l’île depuis vingt-cinq millions d’années. L’ancienne et majestueuse châtaigneraie, principalement localisée en Castagniccia, a perdu du terrain par suite des vagues d’émigration et de l’exode rural des XIXe et XXe siècles. Aujourd’hui, on peut encore observer de beaux sujets isolés mais ce sont les taillis de châtaigniers qui dominent, utilisés entre autres à la production de piquets à vigne. Seuls les cochons sauvages, qui se nourrissent de fruits procurant à la charcuterie un goût inimitable, s’aventurent sous les arbres très serrés.

Les vergers d’orangers, de cédratiers, de citronniers, de figuiers et d’amandiers ont également contribué, en leur temps, à la diversité de la production fruitière de l’île. Les collines des « jardins » de la Corse (la Balagne, le Nebbio, la Cinarca et la

Casinca), couvertes de ces arbres jusqu’au début du siècle, gardent encore le charme des vergers en terrasses. Bien que dégradés, ces paysages ne manquent pas de charme, comparés aux modernes cultures d’agrumes occupant de grandes surfaces le long de la plaine orientale. C’est dans les années ’70 que la SOMIVAC, société d’économie mixte, permet à des cultivateurs de défricher et d’équiper ces parcelles faciles à exploiter, de façon à industrialiser l’arboriculture, principalement représentée aujourd’hui par la clémentine.

Mais c’est l’élevage qui relie le mieux la Corse d’hier à celle d’aujourd’hui. Ce secteur de l’agriculture est encore assez dynamique dans toute l’île. Le cheptel de bovins s’est stabilisé ces dernières années, après une progression marquée dans les années ’70. Les chèvres et les brebis, plutôt cantonnées en Haute-Corse, produisent le lait nécessaire à la fabrication des fromages corses (brocciu, fetta et tome). Cependant, le mouvement traditionnel de transhumance qui liait étroitement la mer (rejointe par les bergers l’hiver) à la montagne, a disparu. Cette liaison fondamentale est d’ailleurs lisible dans les structures administratives. Chaque commune comporte la plupart du temps un village-refuge perché en montagne associé à une bande littorale abritant parfois une marine. Si les rapports antagonistes entre les bergers (circulation libre sur le territoire) et les cultivateurs (clôture des parcelles cultivées) n’existent plus, ils sont cependant symbolisés par l’errance des animaux d’élevage. Les célèbres cochons sauvages (environ 35 000) issus de croisements entre cochons d’élevage et sangliers perpétuent cette libre occupation du sol, parfois dommageable pour l’environnement.

Depuis quelques années, un artisanat d’art traditionnel regroupant potiers, bijoutiers, etc. s’organise sous l’égide de la fédération « Corsicada » dans différentes localités, mais ce sont les atouts touristiques de l’île qui assurent l’essentiel de la ressource économique. La diversité des paysages, la richesse de la nature et les mystères de son histoire font de la Corse un espace fabuleux. Protégé et mis en valeur par des acteurs tels que le Parc naturel régional et le Conservatoire du Littoral, ce territoire a su garder son originalité que les autres côtes de la Méditerranée ont en grande partie perdue. C’est ce patrimoine qui, s’il n’entraîne pas un tourisme de masse, permettra à la Corse de conserver son identité.