1 mars 2024

Le tourisme en Corse ou les attraits romantiques d'une nature et d'un peuple "sauvages"

Dès la fin du XVIIIe siècle, écrivains et poètes s’emparent de la Corse, construisant progressivement la légende d’un peuple soucieux de son honneur et dont l’humeur s’accorde à la nature sauvage de son île. C’est ainsi que les plus grands écrivains français de l’époque exaltent le thème de la « vendetta ». C’est le cas de Balzac qui publie La Vendetta en 1830 (sans avoir visité l’île), de Mérimée qui y consacre deux de ses romans : Mateo Falcone (avant sa visite en Corse en 1839) et Colomba, ou de Dumas qui, dans Les Frères corses exprime toute l’horreur de la vengeance sans limite. Les relations de voyage, qu’elles relatent la rencontre de grands hommes (James Boswell, l’aristocrate écossais, rapporte ainsi sa rencontre en 1765 avec Pasquale Paoli dans l’Etat de la Corse, 1769) ou qu’elles louent la nature admirable et pittoresque de l’île (Maupassant, nouvelles et articles), n’ont cessé de renforcer le mythe. A ce titre, la contribution de Jean-Jacques Rousseau à la naissance de la nation corse (il en a rédigé la constitution) est intéressante car elle rend hommage à la soif de liberté du peuple corse.

Elle élargit la vision étroite des continentaux sur les Corses qu’ils considèrent alors trop souvent comme des révoltés que leur nature rendrait belliqueux, sans prendre en compte l’histoire éprouvante de leur île. La personnalité de Napoléon, ambigu dans ses rapports avec son île natale, a contribué dans une certaine mesure à donner de l’île une image rebelle mais également « authentique », exaltée par les romantiques.

C’est dans ce contexte littéraire que des aristocrates anglais(es) découvrent la Corse au XIXe siècle, attiré(e)s par les frissons que leur promettent leurs auteurs préférés. Ce sont les premiers « touristes » de l’île de Beauté. La mode des cures thermales attire ensuite de nombreux curistes qui trouvent dans les sources bénéfiques de la montagne corse un soulagement à leurs maladies (Guagno-les-Bains, Guitera-les-Bains…). Certains peintres, et notamment ceux pour lesquels la couleur est primordiale, se mesurent à l’intensité de l’expérience corse. Parmi eux, Monet, Utrillo ou Signac qui trouvent là matière à approfondir leurs styles respectifs. Ils témoignent ainsi de la beauté des paysages et des contrastes saisissants qu’offre la juxtaposition de la mer et de la montagne. Ces diverses approches de la Corse forment la toile de fond culturelle de l’explosion touristique qui débute réellement entre les deux guerres. Jusque là, les timides et difficiles liaisons routières et ferroviaires, associées à l’insalubrité des côtes, n’avaient pas permis le développement d’un tourisme populaire, l’île étant réservée à quelques « aventuriers » oisifs.

La première vague immobilière d’aménagement touristique s’apparente à celle de la Côte d’Azur, sans la même démesure, du fait des difficultés de circuler et de la sagesse (ou de la méfiance) de certains Corses. Nombre de villages de vacances,

de résidences de tourisme et de villas fleurissent çà et là, au gré des opportunités foncières et parfois en toute illégalité. Certains panoramas ont de la sorte été défigurés par l’absence de contrôle urbanistique. De même, l’appropriation du territoire côtier par les campings et les véhicules des estivants pose parfois des problèmes cruciaux : l’absence d’assainissement des eaux ou la destruction des écosystèmes fragiles par exemple. Cependant, la création, en 1972, du Parc naturel régional à la remarquable action de protection et de valorisation du patrimoine naturel et paysager sur un territoire immense (le tiers de la superficie de l’île) a permis le développement d’un « tourisme vert », centré sur l’intérieur de l’île et ses massifs montagneux. Parallèlement, le Conservatoire du Littoral réhabilite les dunes et les plages de ses terrains dont la surface est considérable. Ce rééquilibrage est nécessaire pour garantir aux Corses (et aux vacanciers par la même occasion) la conservation de ce riche patrimoine.